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Extraits choisis

Clotaire et Pierrick

Pierrick arrive chez Clotaire. Ce dernier le conduit vers son atelier.

De riches tentures couvrent les murs lissés et blanchis à la chaux. Tantôt se dressent de puissantes forteresses de lin : elles défient les siècles et l'oubli, lentement estompées par la poussière des années. Sur de lointains champs de coton, des guerriers de fils en décousent, versant la garance de leur sang pour une éternité immobile. Un monde merveilleux de liens et de gloires s'ouvre aux yeux.

Une scène attire l'attention de Pierrick. Dans une clairière silencieuse, une fille gît, inconsciente. Une large blessure que nulle aiguille ne viendra soigner marque sa robe blanche. Le diadème a quitté sa chevelure soyeuse. Libre de toute entrave elle se répand autour d'elle, recouvre l'herbe de mille et mille points. Une haute montagne se dessine au loin, ocre, nacre et lapis-lazuli. Une épée repose près de la blessée; elle couche ses fils d'argent dans une mer malachite.

- Je vois que vous vous intéressez à la broderie. Cette tapisserie a été réalisée par l'épouse de mon enfant. Elle était douée pour cet ouvrage, toutes les œuvres qui tapissent mes murs sont d'elle. Vous avez ici sa plus belle pièce.

- Je suis un guerrier, je ne comprends rien à ces choses-là moi. Mais je connais bien l'agonie, pour avoir assisté à ce spectacle des dizaines de fois.

Le poing de Pierrick se crispe, les jointures de ses doigts deviennent blanches. Il tremble de désir, cette fille lui rappelle trop celle de la taverne, qui traînassait hier soir avec le vieillard sénile. Clotaire, tout à l'évocation de sa belle-fille, en oublie presque la présence de l'homme qui l'accompagne. Il est loin d'ici à cet instant; perdu dans ses pensées, il n'a pas remarqué la soudaine excitation sauvage de l'étranger. Sans réussir à détacher son regard de la scène, Clotaire raconte à Pierrick le mythe de sa création :

- Un matin, elle nous a révélé avoir fait un bien étrange songe. Elle semblait toute bouleversée. Elle s'est enfermée dans ses appartements et n'est ressortie que le soir du troisième jour. Elle tenait dans sa main la tenture. Chaque fois que je la vois, mon cœur se serre; elle m'effraie, elle me semble chargée d'une force prophétique effrayante. Mais elle plait tant à Justine que je n'ai pas le cœur à m'en séparer.

Ainsi devisant, les deux hommes s'engagent dans un escalier qui descend en colimaçon. Des lampes à huile nichées au fond d'alcôves jettent une lumière blafarde. Quelques volées de marches et ils arrivent devant une porte. Clotaire sort une nouvelle clé de sa poche, sans contrariété aucune cette fois, et l'enclenche dans la serrure. La porte s'ouvre dans un grincement et le vieil homme se retire pour laisser entrer le mercenaire.

Justine et Nicolas

Justine et Nicolas s'amusent dans un pré.

Justine et Nicolas s'enlacent. Ils s'embrassent tendrement, du bout des lèvres. Ils roulent entre pâquerettes et gentianes, campanules et pensées. Ils se chatouillent, se poursuivent l'un et l'autre. Il caresse ses longs cheveux de soie, y retire quelques brins d'herbe perdus dans la masse chatoyante. Elle pose la main sur son torse, joue du bout des doigts avec ses muscles. Les rires résonnent dans le pré, provoquant l'ire des oiseaux.

Sous l'effet du chahut, la robe de Justine se retrousse légèrement, laissant apparaître le galbe doré de ses cuisses. Plus loin, plus haut, le tissu protège l'entrée d'un temple, celui de la femme qui sommeille en elle. Justine s'assoit pour reprendre son souffle, les joues rosies par l'effort. Appuyant ses mains sur l'herbe verte, elle rejette son visage en arrière et regarde le ciel. Ses cheveux s'envolent.

- Justine, il faudrait qu'on commence à ramasser les fraises. Mon père compte les servir en tartes aux clients, ce soir.

A ces mots, Justine regarde Nicolas de ces yeux aux mille couleurs. En une cabriole arrière, elle se ramasse sur ses jambes, prête à bondir... et se jette sur Nicolas en riant !

- Je n'en ai pas fini avec toi ! Ses bras enlacent à nouveau son jeune amant. Ils partent tout deux à la renverse, et les corps roulent dans la pente douce, sur un tapis d'hélianthèmes en fleurs. Ils s'arrêtent aux abords d'un cours d'eau, sur une plage de sable baignée d'une eau limpide. Sa fraîcheur contraste avec la chaleur dolente du soleil, elle fait frissonner les deux jeunes amoureux. Justine saisie tressaille. Le tissu mouillé s'applique à ses formes, et la jeune fille devient nymphe.

 Nicolas frictionne Justine de ses deux mains. Il dénude les épaules qu'il caresse avec tendresse, du bout des doigts. Les regards se croisent et se figent. Les visages perlés d'eau et de lumière s'approchent doucement, les deux respirations se mêlent tandis que se scellent les lèvres. Les yeux se ferment, les bouches s'entrouvrent, les cœurs se cherchent, se trouvent, se soudent en un langoureux baiser.

Les visages lentement se détachent. Les lèvres s'attardent, se frôlent, se courtisent quelques secondes avant de se quitter à regrets. Les mains se séparent lentement, dans un dernier frôlement de doigts. Justine ouvre ses yeux arc-en-ciel, les amoureux se regardent et se sourient. La magie survit quelques instants, suspendue dans l'air du temps. Elle s'envole dans le battement d'ailes d'un choucas.

Ils se relèvent et secouent leurs vêtements. L'herbe tombe en pluie et paillette l'eau cristalline. Nicolas caresse du dos de la main la joue de Justine, elle s'en saisit et y dépose un baiser furtif, du bout des lèvres. Puis le jeune homme remonte délicatement la robe sur ses épaules, et le lin blanc masque au soleil un velouté de miel. Il lui tend la main et elle la prend, il la serre et elle tressaille. Ils s'aiment.

 



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