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Poésie : les charmes du Rhin

Des souvenirs scolaires, qui sentent la craie et le tableau noir. Des mots dans une langue étrange et étrangère, qui coulent sans que l'on en capte toute la force. Ce poème de Goethe avait alors pris une certaine dimension, mi-magique mi-tragique, dans mon jeune esprit. La Lore-Ley semble protéger son secret au coeur même de son nom. Toute la richesse d'une complainte oubliée des siècles.

J'ai voulu offrir à cette fille mystérieuse, qui se peigne en soupirant une triste mélodie, les caresses du français.

Les charmes du Rhin

Quelle dolente source l'a vu naître ?

Je sens grande tristesse m'envahir;

Un conte transmis par nos ancêtres ?

Possible. Je ne saurais vous le dire.

 

L'air fraîchit et la lumière s'enfuit,

Le Rhin glisse silencieusement;

Les dentelles de pierres en cette nuit,

Scintillent sous le soleil couchant.

 

Sur un lointain coussin de roches,

Une si jolie fille se tient assise;

Cascade d'or brûlante qu'accroche

Un peigne que ses flammes attisent.

 

Elle brosse d'or sa chevelure,

Et chantonne un air oublié;

Une musique belle et pure,

Merveilleuse tragique mélopée.

 

Le marin debout sur son esquif,

Est saisi d'une douleur sauvage;

Il a oublié l'approche des récifs,

Son regard perdu vers les nuages.

 

Les vagues avides ont dévoré,

Le batelier et son frêle navire.

Par sa sombre et belle mélopée,

Lore-Ley a conquis le marin ivre.

 

La Lore-Ley de Goethe

Ich weiß nicht was soll es bedeuten

Daß ich so traurig bin;

Ein Märchen aus alten Zeiten,

Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

 

Die Luft ist kühl und es dunkelt,

Und ruhig fließt der Rhein;

Der Gipfel des Berges funkelt

Im Abendsonnenschein.

 

Die schönste Jungfrau sitzet

Dort oben wunderbar;

Ihr goldnes Geschmeide blitzet,

Sie kämmt ihr goldenes Haar.

 

Sie kämmt es mit goldenem Kamme

Und singt ein Lied dabei;

Das hat eine wundersame,

Gewaltige Melodei.

 

Den Schiffer im kleinen Schiffe

Ergreift es mit wildem Weh;

Er schaut nicht die Felsenriffe,

Er schaut nur hinauf in die Höh'.

 

Ich glaube, die Wellen verschlingen

Am Ende Schiffer und Kahn;

Und das hat mit ihrem Singen

Die Lore-Ley getan.