Lettre à un enfant des étoiles

N'as tu jamais eu l'impression que le Monde se vide parfois de son sens ? Comme une coquille de faux semblants, un crépi grossier qui ne cache que le vide ou au mieux une vieille charpente rongée par le temps, dont seules quelques échardes affleurent parfois et te blessent au cœur ? Beaucoup de ceux que tu côtoies te paraissent soudain sans intérêt, incapables de t'apporter cet équilibre intérieur que tu recherches. Comme si le flot de paroles et les échanges verbaux n'étaient là que pour assassiner encore plus l'Amour de l'Âme, ou Amitié ? Comme un exilé qui regarde la mer mourir en vagues enivrantes sur la plage en pensant aux rivages lointains et à ses frères ?

N'as-tu jamais fait ce songe, toi qui me lis ? N'as-tu jamais demandé aux profondeurs de ton âme les clés de notre Monde et de ses lois ? N'as-tu jamais appréhendé la responsabilité qui pèse sur les épaules de nos frères ? Ne crains-tu pas le silence imposé par nos Dogmes et notre folie prétentieuse ?

Notre humanité est dans une salle somptueuse, avec des lustres de cristal suspendus à un plafond surchargé de dorures à l'or fin. Des fenêtres vitrées percent les murs ornés de somptueuses tapisseries et de tableaux de maîtres. Elles s'ouvrent sur des jardins où les buis taillés au centimètre s'alignent comme autant de gardiens d'une nature sous contrôle. Ce soir un bal est donné et tous dansent sur la musique envoûtante. Mais déjà sa décadence est annoncée par les soupirs du vent qui brisent les arbustes. Les vitres volent en éclat et les chandeliers tombent, enflammant les tissus et les rideaux. La fumée se répand tandis que valsent les convives et jouent les musiciens. La valse s'accélère, les murs s'effritent et se lézardent.

Toujours plus vite, tourbillonnant dans un maelström de sensations, notre Humanité poursuit sa danse, la dernière. Elle cherche le Ressentir, mais vit dans l'Illusion de ses Sensations. Grisée par la vitesse et les éclats de rire, elle ne pressent pas le danger qui la menace, perdue dans le kaléidoscope de sa propre arrogance. Déjà les instruments sous la vitesse incontrôlée du rythme se désaccordent et ne jouent plus qu'une mascarade grinçante. Ce que nous prenons pour musique est notre propre oraison funèbre.

Le bruit des vagues aurait-il été vaincu par le tumulte incessant de la modernité ? Ou la Nostalgie n'est-elle due qu'à un regret du Temps qui fuit et s'écoule à travers le tamis du Monde, qui quelquefois du sable laisse s'échapper une pépite ? Je ne le sais pas. Pour celui qui Connaît, l'aventure est plus longue, infinie, à la fois plus douloureuse, mais aussi plus belle. Comme cette Rose qui un jour a éclos mais qui après la magie de la floraison est morte, pour renaître au Printemps prochain. Ses dérisoires mais ô combien touchantes épines n'ont pu la sauver de son Destin, comme notre attachement à la Vie ne pourra nous sauver des cycles des sphères matérielles. Car telle est la nature des Hommes.



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Lien(s) à la une : Petite Marie - Francis Cabrel